Tribunes

Lettre ouverte à Madame la Préfète de la Drôme
Die, le 15 juin 2026

Discours prononcé lors de la manifestation du 5 mars 2026, à Die

Nous avons tenu à nous réunir aujourd’hui pour dénoncer l’attitude complice de la France.
Le gouvernement français multiplie les attaques contre celles et ceux qui critiquent l’état d’Israël.
Cette posture semble contradictoire avec les déclarations formelles de JN Barrot (ministre des affaires étrangères) devant l’UE où il a porté de vagues critiques contre les derniers développements de la colonisation israélienne de la Cisjordanie.
Mais au fait où on est-on en Palestine ? Qu’est-ce qui s’y passe lorsqu’elle disparaît de nos écrans ?

Dans la réalité, à Gaza, la 2ème phase du cessez-le-feu qui doit se dérouler maintenant prévoit le retrait des forces armées israéliennes, l’ouverture de Gaza à toute l’aide humanitaire requise, et le désarmement du Hamas. Mais :

  • le cessez-le-feu n’a jamais été respecté par Israël : en 4 mois, >1500 violations, des centaines de morts civiles Pal directes par armes ; >60% territoire est occupé milit (qu’on se représente 2M d’habitants dans une bande allant de Crest à Die et large d’à peine 5km) ;
  • le blocus se poursuit, l’aide humanitaire entre à peine, la famine se poursuit, et le semblant d ‘ouverture d’un point de passage à Rafah (ville entièrement rasée aujourd’hui) signifie pour celleux qui arrivent à rentrer fouilles à nu, saisie des médicaments, violences et intimidations. Dans une situation d’absence quasi-totale de système de soins fonctionnel, d’expulsion des ONG d’urgence, et la privation pour la population de services materno-infantile, de santé reproductive, de maternité, etc. Par la famine, et la violation du droit pour le groupe de se perpétuer, volontairement limité voire rendu impossible par l’occupant, on peut dire que le génocide se poursuit, meme si c’est de façon moins spectaculaire qu’auparavant.
  • Cessez-le-feu pas respecté, occupation maintenue : les organisations palestiniennes de résistance refusent de désarmer unilatéralement tant qu’une puissance étrangère est toujours présente, illégale sur ce territoire au regard du droit international.
  • Le soi-disant « Conseil de Paix », initiative trumpienne qui a déjà attiré une trentaine d’états vassaux des USA, entend imposer à Gaza son projet de re-colonisation immobilière et spéculative, poursuivre le nettoyage ethnique et la transformation de cette terre pluri-millénaire, palestinienne, gazaouie, en un hub commercial oriental, anonyme, aseptisé, une petite Dubai hyper connectée et profitable aux investisseurs. La seule place imaginée pour les Palestiniens de Gaza est celle de cobayes biométriquement contrôlés pour pouvoir accéder à quelques logements entre de futures colonies, des postes militaires, et des immeubles de luxe réservés à d’autres qu’eux. La gouvernance prévue relève de la même mise sous tutelle des autochtones.

En Cisjordanie, Israel « sème la mort et la terreur » (Orient XXI). Le processus de colonisation et d’annexion des territoires occupés s’accélère et s’assume comme te :

  • au niveau légal, le parlement israélien a décrété sa souveraineté sur la Cisjordanie, a imposé l’extension du contrôle militaire sur les zones hier encore sous contrôle civil de l’autorité palestinienne et modifié des lois régissant la propriété foncière pour accélérer l’emprise sur les terres ;
  • physiquement, de nouveaux murs sont prévus, pour séparer la vallée du Jourdain et la Mer Morte du reste du territoire palestinien, et 19 nouveaux projets de colonies sont prêts, dont le plus grand vise à séparer le nord et le sud de ce petit territoire déjà morcelé.
  • dans le discours officiel enfin : pour le ministre des Finances B. Smotrich en charge des colonies, ce dernier projet de colonie doit être « le coup de grâce porté à l’idée d’un état palestinien ».

Enfin, la population palestinienne de Jérusalem vit de nouvelles offensives de « judaïsation », avec l’expulsion de nombreux quartiers dits « arabes ».

Pour résumer, cette guerre coloniale permanente menée contre le peuple palestinien depuis 78 ans, ou même plus de 100 ans, n’a été possible que grâce à l’appui, au soutien des états d’Europe (GB, All, Fr) et d’Amérique du nord. C’est la pleine complicité militaire, diplomatique, économique et idéologique qui a permis l’Israël d’aujourd’hui, génocidaire. C’est l’impunité de ce dernier qui a permis la poursuite indéfinie de ce crime qui semble sans fin.

Pourquoi, comment parler de complicité de la France ?

L’exécutif français se soustrait à ses obligations juridiques internationales (selon avis CIJ 2024 : faire tout son possible pour prévenir empêcher commission crime génocide), OR les autorités n’ont pas :

  • arrêté B. Netanyahu lorsqu’il a survolé l’espace aérien français l’année dernière,
    • pris de sanctions contre les colons pourtant identifiés, certains déjà visés par procédures,mené d’enquête contre des soldats binationaux susceptibles d’avoir participé à des crimes contre l’humanité ou de génocide, cessé la coopération universitaire ou militaire existante encore aujourd’hui, qui soutiennent l’innovation militaire là-bas, les crimes de guerre israéliens et les futurs profits des exportations d’armement, suspendu la fourniture d’armes et d’équipements militaires, au moins jusqu’à la moitié de 2025, condamné clairement le caractère génocidaire de la guerre totale de l’armée israélienne contre les Palestiniens de Gaza, et en nie plutôt la réalité,
    • exigé ou même débattu de la suspension des accords d’association entre l’UE et Israel. Rappelons que l’UE est son 1er partenaire commercial, et que cet accord exonère quasimment les importations israéliennes de taxes dans l’UE. Selon l’art. 2 de cet accord, l’UE pourrait et devrait simplement suspendre cet accord, et même aurait pu et du depuis bien longtemps, du fait du non-respect des droits de l’homme par Israël.

Peut-on hésiter à parler de non-respect des droits de l’Homme après 2 ans de génocide ?
Comment nos autorités arrivent-elles encore à assumer de ne pas sanctionner ainsi cet état, et éviter ainsi leurs responsabilités ?
En choisissant de ne pas respecter nos propres règles de droit, ne nous condamnons pas à une grave régression de ceux-ci ?

  • L’état français ne s’est pas non plus solidarisé de l’appel à un embargo total sur les livraisons et achats d’armes vers/depuis Israël.
    • Il n’a pas non plus choisi de désinvestir, comme l’Espagne, l’Irlande, ou de nombreux investisseurs financiers.

Non, plutot que se déplacer du bon côté de l’histoire, la France, par son ministre des affaires étrangères JN Barrot, a préféré :

  • attaquer Francesca Albanese, RSNU pour les TPO, sur la base d’une fake news, dénoncée depuis par plus de 1,000 universitaires,
    • FA qui a assumé sa mission quand elle a établi factuellement les responsabilités politiques à l’oeuvre pendant la guerre génocidaire contre Gaza, nommant l’ensemble des autorités et entreprises complices, notamment le gouvernement français.
    • Attaquer FA, déjà ciblée par des sanctions américaines, c’était faire un gros clin d’oeil à Trump.
  • répondre au besoin d’accueil sanitaire des victimes du génocide de la façon la plus indigne, avec seulement 27 malades accueillis en 2,5 ans sur les 8,000 accueillis dans le monde, largement surpassée par l’Italie de Meloni, 211 accueillis. Pourquoi la solidarité exprimée pour l’Ukraine ne peut-elle pas s’étendre à Gaza ?
  • suspendre l’accueil des Palestiniens de Gaza dans le cadre du programme PAUSE (universitaire, scientifique, éducatif) depuis plusieurs mois (pas en Italie), officiellement suite aux tweets d’une seule personne. En droit, la punition collective est interdite.

Plutôt que de faire le choix du droit et de la solidarité, nos autorités persistent et préfèrent criminaliser toute parole et action de solidarité avec les victimes du génocide, quand :

  • elles disqualifient, en interdisant des colloques universitaires, en poursuivant plus de 200 militantEs solidaires, en demandant la dissolution d’associations antiracistes, au prétexte de leur antisémitisme, quand ils ne font la plupart du temps que rappeler les faits, le droit ou les conclusions des NU ;
  • elles rejettent catégoriquement comme Macron l’a fait l’idée que des citoyens français puissent être complices de génocide, même en présence de preuves : en l’occurrence, deux franco-israéliennes filmées alors qu’elles prenaient part à la destruction d’aide alimentaire aux portes de Gaza, et aujourd’hui visées par un mandat d’amener à des juges d’instruction français, ce à quoi Macron répond : « Nous ne pouvons pas accepter, nous ne devons jamais accepter qu’un de nos enfants, qu’un·e Français·e, soit accusé·e d’être génocidaire […], C’est impossible, et cela représente un renversement des valeurs auquel nous ne devons pas céder. »). Être français immuniserait donc contre le crime ou la complicité ?
  • Elles s’apprêtent à étudier la loi dite Yadan, du nom de la députée des Français de l’étranger qui la propose. Ce texte entend officiellement s’attaquer aux formes renouvelées d’antisémitisme.
    • En effet, par cette loi, la critique d’Israel serait plus ou moins bannie en France, partant de l’idée que toute critique des politiques menées par cet état (apartheid, colonisation, génocide, etc) serait motivé par l’antisémitisme et n’en seraient qu’une expression déguisée. Toute parole antisioniste serait donc antisémite. Notre réunion de ce soir pourrait être légalement poursuivie.Ensuite, le délit d’apologie du terrorisme pourrait être invoqué dès lors qu’on voudrait contester la répartition entre actions militaires « légales » ou « terroristes ». La résistance militaire à la guerre coloniale est légale.
    • Une telle loi constituerait “un danger pour les populations assignées comme juives”, en ce qu’il est porteur d’une assignation identitaire des Français·es juif·ves au soutien de l’État d’Israël et de sa politique qui les expose
  • Plus récemment, notre premier ministre S. Lecornu s’est rendu au dîner annuel du CRIF. Je vous invite à lire ce texte édifiant qu’on croirait extrait de 1984 d’Orwell. La réalité est systématiquement inversée, le langage retourné.
    • Le ministre refuse l’usage du terme génocide pour qualifier ce que subissent les Palestiniens de Gaza depuis plus de 2 ans, estimant que ce terme venait « relativiser » la Shoah. Comme si le génocide des Juifves était le seul ou le dernier, comme si les autres victimes n’avaient pas droit à cette reconnaissance : Tutsis du Rwanda, Soudanais du Darfour, aux Rohyngias, pour certaines des plus récentes.Il multiplie aussi les mensonges sur la situation française, en choisissant de ne nommer comme victimes de crimes racistes que les victimes juives en ommettant soigneusement toutes les autres victimes de crimes racistes, non juives. Il oublie aussi de préciser que ces victimes juives le sont à 80% par des auteurs d’extrême-droite. Ces choix maquillent la réalité et nourrissent le fantasme d’une terreur antisémite d’origine islamique ou gauchiste.En parlant de « risque existentiel » vécu par les Juifs aujourd’hui, et non pas par les Palestiniens, M. Lecornu choisit de renverser encore la réalité des rapports de force et de faire disparaître les innombrables victimes gazaouies. Qui aujourd’hui, des juifves, ou des Palestiniens, fait vraiment face en tant que groupe à un risque existentiel ?Défendre becs et ongles un « droit d’Israël à exister », ce n’est pas lui donner le droit de mener une guerre perpétuelle contre toute population jugée indésirable et dès lors déshumanisée, expulsée et massacrée. Quid du droit de ces populations palestiniennes, libanaises, syriennes, à vivre librement et dignement sur leur propre terre ?
    • Enfin, il s’attaque à la CGT, qui a manifesté son désaccord lors du concert de l’Orchestre Philarmonique d’Israël à Paris, et accuse le syndicat d’antisémitisme pour sa dénonciation. Pourtant, l’histoire de la CGT ne correspond pas à cette accusation… et le boycott est largement validé pour ce qui concerne la Russie… alors pourquoi ne serait-il pas applicable à cet autre état agresseur?
  • Aujourd’hui en France, dans un tel climat, un journal –Le Point– peut accuser publiquement une association comme l’UJFP de complicité et de financement de terrorisme pour leurs envois de fonds à Gaza et leur soutien à de multiples actions humanitaires. Le journal Le Point joue ici la même partition que le gouvernement israélien qui accuse systématiquement les ONG humanitaires et menace d’interdire 37 de ces ONG en Palestine, en les accusant de terrorisme. Ces accusations s’accompagnent aujourd’hui d’une demande de dissolution de l’UJFP, une association juive, de la part d’organisations qui, elles, soutiennent la politique israélienne.
  • Aujourd’hui en France, dans ce paysage aux valeurs renversées, les autorités sont complices, et un parti fondé par des antisémites, le RN ex FN, peut se présenter comme un ami des Juifves, comme d’ailleurs toute l’extrême-droite mondiale, adoubée par Israël dont elle partage la ligne idéologique : domination militaire, violence sans retenue contre des catégories de civils déshumanisés, toujours au nom de la lutte contre le terrorisme mais surtout au nom d’un projet capitaliste raciste.

Alors ce soir, nous, Collectif Diois Palestine Solidarité, entendons rappeler notre profond attachement :

à la liberté d’expression, qu’il s’agisse de dénoncer les crimes, leurs auteurs et leurs complices, ou de faire connaître la poésie d’un espoir encore vivant ;

à la liberté d’association, entre citoyens critiques, et avec des partenaires choisis, ici en France et là-bas en Palestine ou ailleurs, même s’ils sont ciblés, dénigrés, déshumanisés ;

à la liberté de manifester notre opposition aux politiques dangereuses des autorités françaises qui entraînent la société française sur une pente fasciste sans retour.

Aussi, nous appelons à maintenir et renforcer notre mobilisation pour dénoncer la politique criminelle d’Israel contre les Palestiniens et tant de leurs voisins, ainsi que la complicité active des autorités françaises dans la commission de ces crimes, autorités déjà sous le coup d’une enquête par la cour pénale internationale.

Nous appelons les autorités françaises et européennes à la suspension immédiate des accords d’association UE-Israël.

Nous appelons au respect effectif du cessez-le-feu à Gaza, au retrait de l’armée israélienne de tous les territoires qu’elle occupe illégalement, à la fin du blocus sur Gaza et à l’entrée immédiate et inconditionnelle de toute l’aide humanitaire requise à Gaza et sur toutes les zones affectées par l’occupation israélienne, à l’entrée de tous les journalistes étrangers à Gaza,

et à l’application de toutes les résolutions permettant l’établissement d’une paix juste et durable en Palestine occupée.